lundi 23 mai 2011

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En mai de cette même année, 1921, Rockwell se servit pour la première fois d’un appareil photographique. Depuis le temps qu’il dessinait, il faisait toujours posé les modèles, humains où canins, pour ses illustrations. Seulement, représenter la commande du mensuel American Magazine, un gamin en train de bailler n’était pas chose aisée. Aussi s'aida-t-il pour la première fois de la photographie.

The Sleppy Scholar (American magazine, mai 1921)

Les succès de Rockwell au Saturday Evening Post lui valurent des commandes d’autres journaux. La commande pour American Magazine semblait simple : la réalisation d’un écolier en train de bailler. Connaitre le corps humain et le mettre en mouvement en peinture est assez simple. Il ne s’agit que de “mécanique”. Bien sûr, ill faut apprendre cette mécanique... Mais rendre dans les détails un baillement est une gageure. Pour le modèle, aussi, il n'est pas aisé de rester la bouche ouverte le temps de la pose. Aussi Norman s’aida de la photographie pour la première fois.
L’ensemble semble néanmoins figé, un peu raide. Peut-être, est-ce de savoir qu’il employa cette aide... Mais objectivement, le rendu réaliste de la pose n’a pas la liberté, la vivacité de ses précédentes toiles.



The violin virtuoso (couverture du SEP, 28 avril 1923)

Un jeune homme debout joue du violon. Le pupitre ne lui sert à rien. Tout d'abord parce qu'il est derrière lui mais aussi parce que c'est un virtuose. Il est en queue de pie, la poitrine barrée d'une écharpe rouge, la mèche rebelle typique des génies. Son front est barré de rides dûs à la concentration ultime et à l'implication personnel dans sa musique. A ses cotés, assis dans la pénombre, les musiciens accompagnateurs ont un âge certain. Le plus proche, le mouchoir dans le col, pour ne pas avoir les marques de son instrumentgravés dans le cou, le regarde stoïquement. Sa moue plissée nous indique son respect, cependant teinté de tristesse. Malgré son âge, il se rend compte de la distance musicale qui le sépare de ce jeune prodige. Il est résigné. Son compère, la tête baissée, écoute et profite de l'instant.
Le jeune musicien est dans la lumière d'un projecteur. Notez à quel point le dégradé de son costume est délicat. Les ombres sont franches et parviennent à rendre cette lumière intense et électrique. Car ne l'oublions pas, le projecteur, comme le pupitre derrière le vistuose, sont alimentés électriquement. En effet, la fée électricité est déjà fréquente en Amérique, même dans les campagnes, contrairement par exemple à la France où il nous faudra attendre encore quelques années!
A noter, enfin, la prouesse de raccourci des mains du prodige, surtout sa main droite.
Un raccourci est terme désignant un effet visuel qui tend à exagérer la perspective et à rendre l'illussion que la main est penchée, les doigts relevés. Rockwell a-t-il étudié les positions de mains de violonnistes? Toujours est-il que la main indique la tension, les doigts agiles admirablement rendus. Nous pourrions presque entendre les vibrations des cordes...

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