lundi 23 mai 2011

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En 1928, alors qu’aucun indice n’indique la crise financière qui va s’abattre sur le monde, Rockwell s’amuse reprend la figure du vagabond. Il n'envisage pas que cette toile prendra dans les années futures, une autre connotation.

Hobo Stealing Pie (couverture SEP, 18 Août 1928)

Un vagabond, en 1928 nous n’utilisons pas encore le terme déshumanisant de SDF ( sans domicile fixe), vient de voler une tarte. Il essaie d’échapper au chien de la maison. Il est en pleine course, le chien aggripé à son pantalon.
Norman Rockwell, même si il utilise la figure d’un vagabond, ne s’attache pas à une satire sociale. Ce n’est qu’une situation anecdotique. Il aurait pu utiliser l’image d’un gamin chapardeur, mais la douleur des crocs du chien ont du le conduire à l’image d’un adulte.
L’homme a tous les attributs d’un pauvre, chaussures usées, vêtements élimés. Il n’en conserve pas moins une certaine dignité. Il est chapeauté, porte un plastron et une veste, signes d’une vie passée décente. Ici seule l’anecdote compte, Rockwell n’indique en rien les raisons de cette déchéance, pas le moindre indice de ce qu’il lui est arrivé.
Rockwell caricature. Il rougit le visage et le nez de son personnage. Il accentue et grossit la façon de courir de ce malheureux. Il grime son personnage pour nous offrir une farce clownesque.
Cette couverture du Post est importante car elle concentre les volontés de notre illustrateur. Rockwell poétise la vie. Le vagabond se transforme sous son pinceau en clown, le vol devient une farce. Même les crocs du chien, qui pourtant, ne semblent pas tendre, prètent à sourire. Pour Norman peu importe les causes, peu importe les conséquences, seul l’instantané anecdotique prévaut.

Même si l'illustrateur Rockwell est devenu une célébrité, Norman, insatisfait de n'être qu'un "illustrateur", souffre d'une crise d'inspiration. Il s'embarque pour la France. La direction du Post, lui demande expressément d'abandonner ses recherches de modernité dans la peinture. Il continuera néanmoins son périple en Afrique du nord et en Amérique du sud.

Revenu aux Etats-Unis, Norman replonge dans son quotidien d'illustrateur et de citoyen. Et c'est un excès de vitesse, dans l'état de New York, à Amenia exactement, que la réalité lui inspirera Welcom to Elmville. Il peut nous paraître étonnant en 1929 que déjà existent les contrôles routiers. En réalité les USA, depuis leur entrée dans la Première guerre mondiale, ont, sous l'influence d'un certain Frederick W Taylor, mis au point des méthodes qui décomposent la fabrication et modernisent la gestion des entreprises. L'ère industrielle est lancée. Notament "grâce" aux usines Ford, la production automobile dépasse les 4,5 millions de véhicules. Un américain sur six est motorisé. Par comparaison, 1 français sur 44, 1 allemand sur 196, seulement, le sont à cette époque.

Welcom to Elmville (couverture SEP, 20 avril 1929)

Norman se fit arrêter en flagrant délit d'excès de vitesse à l'instant même où il entra dans la petite ville d' Amenia prés de la frontière entre l'état de New York et le Connecticut. Il immortalisa cette anecdote, changeant toute fois le nom de la ville. C'est son ami, Dave Campion, qui lui servit de modèle. Dave lui avait déjà servi de modèle dans le passé, notament en 1920, pour le Popular Science Monthly, où il campait un bricoleur perplexe. Sa collaboration dura jusqu'au déménagement des Rockwell pour Arlington en 1939. Ce monsieur Campion était un être simple, vendeur de journeaux. Imaginez son sourire béat et sa fierté quand il vendait les numéros du Post où il figurait en couverture!
Derrière le panneu d'accueil du village d'Elmville, un shérif, un sifflet entre les lèvres, sa montre à gousset dans une main, tient un bâton dans l'autre. A demi-accroupi, caché, il mesure la vitesse des automobiles. Malgré son statut de force de l'ordre, son pantalon et ses chaussures sont troués. Une matraque à la main nous indique que les contrevenants ne sont pas aussi respectueux de l'ordre et de son représentant qu'aujourd'hui. Le traitement est vif, les touches larges. Comme à son habitude stylistique, seuls quelques détails sont précisés : la montre, le sifflet et le visage.
Toujours est-il que cela suffit pour caractériser cette saynète légère et mettre en évidence qu'il y a mieux pour accueillir un visiteur, qu'une contravention...

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